Les Portlands

 

Rose de Rescht (origine inconnue)

 

Les roses de Portland constituent un petit groupe d'une importance historique et paysagère largement sous-estimée. La première qui soit documentée -ce qui ne signifie pas: la première tout court, car on n'en sait rien- est la fameuse "Rose de Portland" (ou: "Duchesse de Portland", une dénomination qu'il faudrait abandonner, tout comme "R.Portlandica", car il ne s'agit pas d'une espèce).

La légende raconte qu'elle aurait été dénichée en Italie vers la fin du XVIIIème siècle par une Dame, la Duchesse de Portland, d'où le nom.

On a longtemps cru qu'il s'agissait d'un Hybride de R.Chinensis, ce qui expliquerait son caractère remontant -et même très remontant si on retire les fleurs fanées tous les jours-. Les dernières découvertes, ainsi que la culture de ces rosiers, prouvent qu'il n'en est rien; il n'y a pas d'influence Chinensis dans la rose de Portland et ses variétés proches.

On sait aussi depuis peu que les roses de Damas, remontantes comme non-remontantes, ont strictement la même origine; toutes descendent d'un croisement R.Gallica, R.Moschata et R.Fedtschenkoana. Le premier est non-remontant, le second à floraison tardive, et le dernier est une espèce remontante d'Asie centrale. Toutes les roses de Damas sont en fait susceptibles d'être des mutations les unes des autres, qu'elles remontent ou pas, et/ou des variétés proches.

Pour moi, la rose de Portland est simplement une de ces mutations. Il s'agirait d'une mutation naine, et remontante, d'un quelconque rosier de Damas.

 

 

Jacques Cartier (Moreau-Robert 1868)

A l'instar des rosiers de Chine remontants, qui sont au départ des mutations naines de R. Chinensis spontanea -et/ou d'autres!- ou, exemple plus récent, New Dawn.Iissu en 1930 d'une mutation de "Dr W. Van Fleet", un Hybride de Wichuraïana et du rosier Thé "Safrano", qui ne remontait pas, mais possédait un/des gène(s) associé(s) à la remontance , New Dawn apparut suite au passage d'une machine de chantier sur un pied de "Dr W. Van Fleet".....Et remercia pour ce traitement de choc en se mettant à remonter.

 

 

En observant les roses de Portland, on a justement l'impression de voir des rosiers de Damas sur lesquels un rouleau compresseur serait passé: même feuillage, mêmes aiguillons, même port, en plus compact. C'en est au point que les yeux sont tellement rapprochés les uns des autres, et le feuillage, par conséquent, si dense, que des fleurs sont souvent cachées dedans. C'est un des rares petits défauts de ces rosiers exceptionnels. L'enracinement est plus profond que la hauteur de la partie aérienne de la plante; ce sont des racines de rosier arbustes, nouvelle preuve du caractère nain. (Corrolaire: ce ne sont pas des rosiers à cultiver en pot!)

 

Indigo (Laffay 1830)

Vers 1815 (date exacte inconnue, tant d'histoires circulant qu'il faut prendre toutes les sources disponibles avec une "pincée de sel") apparut la "Rose du Roi", Hybride -ou mutation?- de la Rose de Portland, à moins qu'il s'agisse, encore une fois, d'une mutation d'un autre rosier de Damas, ou d'une découverte d'un rosier plus ancien, comme cette "Rose de Rescht" découverte en Iran en 1942, mais qui existait en Europe bien avant....Peu importe cette bouteille à encre, au fond, si on accepte de considérer tous ces rosiers comme des Damas nains.

Aujourdhui on trouve, sous le nom "Rose du Roi", une famille de variétés différentes; dès le départ, ce rosier se révéla fortement porté sur les mutations en tout genre, de sorte qu'il a dû en exister des dizaines de variétés différentes, sous des noms différents -ou pas-. Une de ces mutations, "Panachée de Lyon", s'est mise à muter "à l'envers" ces dernières années dans les pépinières Vintage Gardens en Californie. Cette "réversion" fut stabilisée, pour nous offrir un rosier en tous points conforme à ce que nous savons de la Rose du Roi, mais sa couleur diffère de tous les clones connus en Europe...Bref, vous aurez quelque chose de différent dans quasi chaque pépinière, mais tous sont infiniment précieux.

La rose de Portland, les formes variées de la Rose du Roi, et quelques variétés proches comme "Indigo" (1830) forment le groupe des roses de Portland stricto Sensu.

Mais bien vite les obtenteurs français du XIXème siècle se mirent à les croiser avec des rosiers de Chine, ou plutôt des Hybrides -Hybrides de Bengale, de Bourbon, de Noisette- car les ploïdies de R. Chinensis et des roses de Damas sont incompatibles, et donneraient des Hybrides à fertilité réduite-, de sorte qu'on va avoir, au fil du temps, des variétés montrant de plus en plus d'influences Chinensis: ce sont, par exemple, les fameuses "Roses de Trianon" de Vibert, dont les plus connus aujourdhui sont "Yolande d'Aragon" (Vibert 1843) et "Sidonie" (Vibert 1847), parfois classés parmi les Hybrides Remontants, mais qui n'en présentent pas encore tous les caractères, malgré une vigueur qui en fait des rosiers arbustifs et non des buissons, comme les roses de Portland stricto Sensu.

 

 

Marbrée (Moreau-Robert 1858)

Pour arriver au stade suivant -qui fut bel et bien les Hybrides Remontants- il faut croiser, encore une fois, ces rosiers-là avec des variétés où R. Chinensis domine, et qui remontent: rosiers de Bourbon, de Noisette, ou encore, des Hybrides de Chine fortement remontants comme "Gloire des Rosomanes".

Nous voilà donc avec deux sous-groupes: les rosiers de Portland stricto Sensu, qui font d'excellents rosiers buisson, et remplaceraient volontiers (ici, c'est chose faite...) les rosiers buissons modernes, tant ils sont robustes et faciles de culture, tout en offrant des fleurs de style ancien. On peut les considérer, du point de vue du jardinier, comme "des Galliques qui remontent"; dimensions, port et apparence des fleurs sont proches, avec même une tendance à drageonner -fort intéressante tant du point de vue économique que de la longévité-. L'autre sous-groupe, que j'appelle "Hybrides de Portland", offre de superbes rosiers arbustifs, toujours avec ces fleurs proches de celles des rosiers anciens non-remontants, un peu plus "épaisses" peut-être, mais toujours puissament parfumées. Leur port est toutefois déjà un peu plus dégingandé, et il faut accorder un peu plus de soin à leur taille, tandis que les rosiers de Portland stricto Sensu se contenteront d'être rabattus chaque année de moitié avec un simple taille-haie.

Ces derniers sont du reste quasi aussi faciles à cultiver que les rosiers non remontants. Il prendront leur deux coups de taille-haie -CLAC! CLAC! taille finie...On est loin des Floribunda- en Mars au lieu de Juillet, et apprécieront quelques apports organiques, un peu de fumier bien mûr chaque année. Autre différence, il faut couper les fleurs fanées, mais uniquement la fleur, pas deux feuilles en-dessous comme chez les modernes! C'est tout pour les soins à leur apporter.

Ces rosiers ont très peu de descendants, si l'on excepte les Hybrides, dont descendent les Hybrides Remontants. En fait, ces derniers les ont trop vite déclassés. Il reste donc un beau potentiel là pour l'hybridation. Paul Barden, par exemple, a déjà obtenu de belles choses avec "Marbrée" (Moreau-Robert 1858). Avis aux candidats. Mais nous pourrions avoir pris un petit peu d'avance.

 

Rose de Portland (trouvée au XVIIème siècle)